Journal intime d'un pyrénéiste

Journal intime d'un pyrénéiste
"l'aventure est un engagement de l'être tout entier et sait aller chercher dans les profondeurs ce qui est resté de meilleur et d'humain en nous...." Walter Bonatti

lundi 11 septembre 2017

Ça... recommence

Il fut et restera mon plus grand cauchemar   Je l'ai déjà dessiné d'ailleurs comme pour exorciser mes peurs,  il y a quelques années ( 2 peut-être)... IT revient , au cinéma cette fois. Hommage au monstre le plus terrifiant de Stephen King....




























dimanche 3 septembre 2017

GR20, le 30 Aout, Pailiri / Conca

30/8

Paliri/ Conca

Aujourd'hui c'est la fin de l'aventure on le sait, la dernière étape, celle pour profiter. 180kms de marche qui finiront là, dans ce village traditionnel corse de Conca, à 250m d'altitude. C'est l'étape de l'émotion, celle que j'ai déjà connue à la fin de la Traversée des Pyrénées en 2011. Mais cette année, même si ce fut beaucoup plus court, il y a eu une intensité dans l'effort que je n'avais jamais retrouvé alors en cette courte matinée, puisque les 14kms de l'étape seront sortis en 3h à peine, je veux savourer mes derniers instants du GR.

Tout commence par un réveil vers 5h45 puis un lever de soleil sur la mer et les aiguilles de Bavella. Le plus beau moment de la Traversée. Comme si j'avais dû attendre l'ultime matin pour vivre ça. C'est sublime et je vis chaque seconde avec émotion. On se l'ai gagné notre GR avec ces départs à 4h30 et ces arrivées à 19h ou 20h et là il n'est plus question de pression, de course, de sprint; juste de plaisir.

Après le lever de soleil on file sur les derniers kms. Très vite je ressens les efforts de l'étape de la veille et n'ai pas les jambes. Marc au contraire avance , est 100m devant et ne m'attend pas. Là au fond de moi la colère monte peu à peu. J'ai fait 80% du GR devant voire plus et l'ai toujours attendu même quand il était au plus mal, et sur cette étape que je veux partager avec lui, je le vois pas. Alors pendant deux heures je reste seul derrière à prendre mes clichés sans trop m'en soucier. Une heure avant la fin , après l'ultime montée, le vase déborde et je le rattrape en courant en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Un échange encore musclé entre nous et puis une fin au sprint. Je n'ai rien à prouver ni à lui ni aux autres et fini avec lui à l'auberge des Tourelles où la navette menant à Porto Vecchio part . Au fond dommage que ça se finisse comme ça. On retrouve un autre groupe ayant fini leur GR la veille. Ils sont tous malades , ayant attrapé  la salmonellose après avoir bu l'eau de la source de l'ultime étape. Par chance on avait rempli nos camalbak au refuge et on a échappé à l'eau contaminée...


On attendra jusqu'à 12h30 la navette qui nous déposera à 13h à Porto Vecchio. L'après-midi en plein soleil après avoir pris un bon repas, sera consacrée aux souvenirs avant la navette pour Ajaccio et le camping où nous arriveront vers 19h30 pour cette fois passer la dernière nuit corse...

Le retour se fera le lendemain à Toulouse à 14h30 après une semaine d'aventure extraordinaire qui restera à jamais en mémoire...



























GR20, le 29 Aout, Pradi / Paliri

29/8

Pradi/ Paliri
D+ : 2700m
D- : 2950m

Quelques chiffres pour cette étape, qui au regard du parcours déjà effectué, peuvent donner le vertige.
48 kms, 4 étapes en un jour, 15h40 d'efforts, 2700m de D+ avec 10kgs sur le dos... et pourtant on l'a fait, comme un défi personnel …

Départ à 4h20 direction Usciolu. C'est de la crête et sur notre gauche un joli lever de soleil sur la mer nous redonne le moral. Tout est long dans cette étape plus que marathon, et déjà cette première partie de 14kms... Crête sans forcément beaucoup d'intérêt , on passe à la base de la Punta de Capella, et la rencontre avec un sanglier est à peu près la seule chose qui nous donne le sourire. Je ne garderai pas forcément trop de souvenirs de cette partie là, pour nous juste une transition vers la suite, si ça n'est au refuge , au bout de 4h15 de marche un gardien incrédule qui , quand on lui a dit qu'on arrivait de Pradi, ne nous a pas cru. J'ai du lui montrer mon alti avec les enregistrements des altitudes pour qu'il devienne un peu moins sceptique, et encore.

Mais moi je sais que le gros morceau est à suivre avec cette étape Usciolu/ Aussinau qui pour moi est la véritable partie clé de cette fin de GR. Si on la sort dans des bons temps on n'aura pas de problèmes pour la suite. Si on craque ou qu'on se trompe d'itinéraire pas sûr qu'on puisse en suivant rejoindre Conca puis Ajaccio à temps. Un autre gardien nous indique donc la variante alpine permettant de gagner 1h30 par rapport au GR classique. L'étape de base Usciolu/ Aussinau fait quasiment 10h pour des marcheurs classiques et par la variante pour des bons marcheurs c'est 6h30 sachant qu'il faudra ensuite encore enchainer. Dans ma tête le choix est clair, pour finir il faut passer par la variante alpine et les crêtes. Dans celle de Marc aussi, il ne veut pas se perdre et passera par le GR classique. Sentant dès le départ cette différence et rongé par l'enjeu , on s'éloigne peu à peu. Avec ou sans lui, si je dois finir et POUR FINIR ça ne se fera que par les crêtes. Je file donc devant à mon habitude mais cette fois en me retournant moins. On est sur les crêtes et jusqu'à la descente sur la bocca di l'Agnone la tension entre nous est à son comble.

Une discussion musclée et virile démarre. Avec ou sans lui je prends la variante. J'ai ce qu'il faut dans les pattes pour m'enquiller seul la fin , j'ai le pied et la force. Lui campe aussi sur ses positions alors je lui demande de me donner mon billet d'avion de retour... il n'y a pas le choix si on veut finir c'est par la variante. Après s'être calmés un peu on arrive au col et là Marc remarque que c'est très bien balisé . La seule variante alpine qu'on a eu à prendre nous a fait gagner une heure et je ne vois pas pourquoi il en serait autrement là. La variante balisée d'un double trait jaune , est en fait l'ancien GR . Rien d'alpin donc et Marc se laisse tenter. Je me suis engagé à tout faire devant dans cette étape et continue à donner le pas. Le sentier est roulant et très agréable et on ne regrettera jamais notre choix. Vers midi, le ventre vide, j'accuse le coup et la salade laissée par Dorian l'avant veille, sauvera la fin du GR et nous épargnera d'une fringale. De beaux vallons se succèdent à grande vitesse ensuite et cette étape que je craignais tant, passera presque « trop bien ».On monte au Monte Alcudina avant la descente rapide sur Aussinau . Une étape bouclée là encore en 5h15. A 14h à peine on est au refuge et on a véritablement pas trainés... le sourire est là, l'ambiance se réchauffe et on commence même à s'imaginer finir à Paliri le soir, ce que dans mes rêves les plus fous, je n'avais jamais envisagé.

Pause avant de filer. Il existe là aussi une variante alpine qui passe dans les aiguilles de Bavella. Cette fois Marc est le premier à proposer qu'on la suive . Descente vers un ruisseau puis remontée sans intérêt. Vers 1320m bifurcation des deux GR. On prend donc la variante alpine avec une montée très sèche. On est habitués aux pentes raides entre le Pibeste et le Pic du Jer que je remonte par les pistes de VTT. Mais celle-là , avec l'accumulation de la journée et des autres étapes, elle fait mal. Je prends le pas, le montagnard, celui qui ne fatigue pas, mais la montée reste éreintante surtout avec la chaleur.
Il s'en suit pour moi, le plus beau passage du GR. On est véritablement au cœur des aiguilles de Bavella qui peu à peu, une à une, se dévoilent enfin. C'est juste sublime et je repense à l'ajaccienne de Manganu qui nous en avait parlé, elle qui y grimpait.
Passage un peu plus délicat avec cette chaine sur la dernière aiguille. La fatigue cumulée pousse à une vigilance accrue et même si ça n'est pas dur, il ne faut pas tomber. On sort le pas assez vite et après une ultime montée on atteint une brèche. Le col de Bavella, fin de la 3ème étape du jour, se dévoile enfin.
Vers 17h30 après une descente à appréhender avec attention , on y arrive enfin !!! Ouf la journée est déjà gagnée !!!

Pause panini/ravito à l'auberge pendant quasiment une heure le temps de bien récupérer. Marc se renseigne alors sur les navettes Conca/ Ajaccio et sur le camping du dernier soir. Rares sont les endroits où l'on a du réseau alors autant en profiter.

Vers 18h30 on repart vers Paliri . C'est un défi perso que cette montée. On pourrait la faire le lendemain à la faiche avant de finir, mais ces 48kms là sont une gageure en soi et le point quasi final du GR, comme une cerise sur gâteau qui nous aura régalés jusqu'au bout. Une montée rapide mais pas tant que ça avec l'accumulation. 150m de D+ sur la papier qui en paraissent le triple comme le nombre d'étapes qu'on a déjà dans les pattes. Et pourtant quelques belles sculptures rocheuses parsèment le parcours et surtout une belle surprise nous attend.

Sans m'en rendre compte, je lève au mouflon, que je prends d'abord pour une chèvre. C'est Marc qui remarquera la nature de l'animal, venu se poser à 20m sur un bloc, pour nous observer. Par chance il n'est pas farouche et se laisse même photographier. La deuxième fois du séjour qu' on en voit et dans les deux massifs où ils sont présents... Je passe ma vie au Pibeste où vivent 400 de ces bêtes et je n'en ai jamais photographié un... Là en 5j j'en ai vu deux fois dont un peu farouche....

Après cette belle rencontre on finit la journée à 20h après 15h40 de marche , au refuge de Paliri. Le coucher de soleil derrière Bavella nous laisse présager d'un moment encore plus unique le lendemain matin. Moi je me fumerai deux clopes ce soir là... Après cette journée de fou qui ponctue la 15ème étape officielle sur les 16 que compte le GR, je sais qu'il ne peut plus rien nous arriver. On a été forts aujourd'hui et bons, j'ose le dire et je savoure chaque latte tirée avant l'émotion qui nous attend le lendemain. Une courte nuit encore avant l'ultime étape le lendemain matin...